Je viens d'écrire un courrier à un ami. J'espère qu'il ne m'en voudra pas de recopier ici des passages de ce courrier. J'ai en effet envie de vous donner de mes nouvelles, mais aussi de vous faire part de mes réflexions, auxquelles j'aimerais bien avoir des réponses...
A vous la lecture:
"Je suis en ce moment en stage en multi accueil (ex crèche halte garderie) (...). J'attendais ce stage avec impatiente. Il détermine mon envie de passer le concours d'auxiliaire de puériculture. Je découvre un monde que je ne connaissais pas: un fonctionnement particulier, avec un public particulier, une équipe particulière et... que j'aime bien. La structure accueille des enfants de 2 mois et demi à 6 ans de 7h00 à 18h30 de manière régulière, occasionnelle ou d'urgence. (...) On les laisse beaucoup jouer librement, mais des temps encadrés sont aussi proposés: de peinture, dessin, musique, chants, pâtisserie... Les changes, les repas et les temps de repos rythment aussi la journée. La surveillance doit être omniprésente. J'avais peur de ne pas supporter les pleurs ou les cris des enfants, mais pas du tout, ça va, ils se calment relativement vite. Je m'initie au soin des bébés. L'équipe est constituée d'auxiliaire de puériculture et d'animatrices qui ont le CAP Petite Enfance. Cela me motive bien pour passer le concours d'auxiliaire de puériculture (=AP). Je vais en tenter un, à Quétigny (Bourgogne) cette année. J'ai loupé les dates d'inscription des sites de Rhônes-Alpes, parce que je ne me sentais alors pas capable de préparer le CAP PE en même temps que le concours d'AP, mais maintenant que j'ai bien avancé dans l'étude du CAP PE et que je vois que cette fonction d'AP me plairait, je compte tenter le concours. Avec ce diplôme, j'ai vu sur le site de l'ANPE, on peut répondre présent pour beaucoup d'offres d'emploi. Je vais aussi tenter trois concours pour avoir accès à la formation d'Aide Soignant (= AS). Il y a en effet beaucoup d'offre pour ce métier et [des maisons de retraite qui vont s'ouvrir prochainement près de chez moi]. On peut aussi après avoir une passerelle de la formation d'AS à celle d'AP, sans passer le concours d'AP et en ne passant que quelques modules. (...)
Aujourd'hui, j'ai été "dame guitare"! J'ai sorti la guitare ce matin à la demande de l'équipe et j'ai captivé les loulous pendant trois quart d'heure! Le personnel s'est mis à danser, alors les enfants avaient en prime un spectacle! On m'a demandé de rejouer plusieurs fois dans la journée et de rejouer un peu chaque jour. J'accepte avec plaisir, même si je souhaite aussi apprendre de nouvelles chansons de leur part adaptées quant à elles réellement aux petits.
Ce week-end, j'étais invitée à participer au week-end alliance. Emile Marolleau, du Sénevé, est venu parler de la confiance, le thème du week-end. Nous avions après un temps de partage en petits groupes. (...) Nous avons parlé du texte sur lequel se fondait le week-end: celui (je n'ai plus la référence) où Jésus arrive sur l'eau et dit aux apôtres "confiance, c'est moi, n'ayez pas peur" et où après Pierre tente de faire comme Jésus. Nous avions des avis très partagés sur l'intention de Jésus: pourquoi était-il arrivé comme cela? Pour enseigner quelque chose aux apôtres? Pour les rejoindre là justement où ils avaient peur et où ils étaient faibles et tenter à les mener vers plus de foi ? Pour montrer finalement à Pierre qu'il lui faut être modeste, qu'il n'est qu'un homme, qu'il n'est pas fait pour marcher sur l'eau ? [Et vous, cela m'intéresserait de savoir ce que vous en pensez!]
Dimanche j'ai aussi bien parlé avec Claudie, femme d'Emile. Je la questionnais au sujet de la faiblesse: Dieu était-il comme Emile Marolleau et Jean Vanier le décrive, un Dieu vulnérable et "impuissant"? Pourtant Jésus fait des mriacles, commande aux éléments, se met en colère. Et pourquoi Jésus rejoignait les malades, les faibles, les âmes perdus? Pour les guérir, les ramener à lui? Claudie me disait qu'il fallait savoir comment on définissait la force, elle préférait employer le terme d'amour: Jésus ne relevait pas les hommes pour les rendre forts, mais plus aimants. [Qu'en pensez-vous?]
Je parlais aussi avec elle de la difficulté de vivre les valeurs de l'Arche en étant assistant: comment se faire petit, en position de quêteur (comme Jésus face à la Samaritaine), pour aider l'autre à se relever, tout en devant faire preuve de compétence (aider aux levers, aux repas, aux prises de médicaments, à l'animation, aux couchers...). Claudie disait qu'il fallait aussi compter sur les personnes accueillies et ne pas opposer cette démarche d'amitié avec la mise en oeuvre de ses compétences, à la mesure de ce qu'on est capable. Je trouvais cela intéressant. Ne pas confondre compétences et force écrasante où du coup on a besoin qu'il y ait toujours un plus fort et un plus faible mais où l'on n'aide pas l'autre à grandir.
Emile Marolleau a cité à plusieurs reprises Etty Hillsum. (...) Un passage où elle dit que malgré les lieux infernaux où l'on peut être amené (et elle était alors en camp de concentration), il faut arriver à rester "au plus profond de soi et petit à petit sentir le ciel s'éclaircir". Et aussi: "Je vais t'aider mon Dieu à ne pas t'éteindre en moi (...) ce n'est pas toi qui peut nous aider mais moi qui peut t'aider et en cela je m'aide (...)"
Un Dieu faible, que je dois aider... Cela renverse tout. Cela peut aussi faire peur. Qui me sauvera alors? C'est par le chemin d'amour que je ferai pour l'atteindre, à travers mes rencontres, à travers mon travail auprès des plus en difficulté ou des plus vulnérables, que je pourrais être plus emplie d'amour et me sauver ainsi. Je cherche... [Croyez vous cela aussi?]"